-iser


-iser

⇒-ISER, suff.
Suff. issu du lat. -izare, formateur de verbes trans. et, moins fréq., de verbes intransitifs.
A. — [La base est un adj.; le sens du verbe est « rendre » + adj.]
1. [La base est un adj. fr.] V. alcaliniser, collectiviser, diaphanéiser, européaniser, gréciser, homogénéiser, idéaliser, laïciser, minimiser.
Rem. Dans le cas où il s'agit d'un adj. en -ique, la base est le rad. du mot. V. aseptiser, dynamiser, électriser, fanatiser, magnétiser, mécaniser.
2. [La base est un adj. lat.] V. actualiser, extérioriser, héroïciser (s.v. héroïser), humaniser, imperméabiliser, neutraliser, paganiser, rationaliser, sensibiliser, singulariser, vulgariser.
Rem. Les verbes à base adj. sont trans.; dans quelques cas, le verbe signifie « se comporter d'une manière » + adj. V. brutaliser.
B. — [La base est un subst.; le sens du verbe est « transformer en » + subst. et/ou « soumettre à (l'action de) » + subst.]
1. [La base est un subst. fr.] V. alcooliser, caraméliser, carboniser, étatiser, éthériser, islamiser, javelliser, miniaturiser, satiriser, volcaniser.
Rem. Dans le cas où il s'agit d'un subst. en -ie ou -isme, la base est le rad. du mot. V. anatomiser, économiser, harmoniser, tayloriser.
2. [La base est un subst. lat.] V. favoriser, motoriser, terroriser, valoriser, vaporiser.
Rem. On rencontre quelques verbes intrans. formés à partir d'une base subst. et signifiant soit « faire preuve de » + subst. (ironiser, sympathiser), soit « vivre en » + subst. (nomadiser).
C. — [La base est un nom propre; le sens du verbe est, en emploi trans. « faire à la manière de, traiter selon la méthode de » + nom propre, en emploi intrans. « se comporter (et en partic. écrire, penser) comme » + nom propre]
1. [Le verbe est trans.] V. mithridatiser, ossianiser, pasteuriser.
2. [Le verbe est intrans.] V. gidiser, pindariser, platoniser.
Morphologie
A. — Principales modifications de la base
1. Modifications vocaliques
a) [] > [e] : caramel > caraméliser, éther > éthériser, homogène > homogénéiser.
Rem. Cette modification de la base est notée dans l'orth., le plus souvent par l'accentuation : e > é ou è > é.
b) [] > [a] affectant la pénultième et correspondant dans l'orth. au passage ai > a : fonctionnaire > fonctionnariser, solidaire > solidariser.
c) Effacement de la finale vocalique atone ou accentuée : arabe > arabiser, diaphane > diaphaniser, moderne > moderniser; maintien de la finale vocalique accentuée et production d'un hiatus : instantané > instantanéiser; accentuation de la finale vocalique atone [] > [e] et maintien avec hiatus : diaphane > diaphanéiser, homogène > homogénéiser.
2. Modifications de la finale consonantique
a) Passage [f] > [v] : collectif > collectiviser.
b) Passage [k] > [s] : laïc > laïciser.
3. Modifications vocaliques et consonantiques.
a) Modification de la finale consonantique et de la voyelle qui précède : grec > gréciser.
b) Apparition dans la prononc. d'une consonne finale non articulée dans le mot de base avec modification de la voyelle qui précède : concret > concrétiser.
c) Dénasalisation de la voyelle accentuée nasale et apparition dans la prononc. du [n]
[] > [an] : Ossian > ossianiser, tyran > tyranniser, volcan > volcaniser.
[] > [an] : américain > américaniser.
[] > [in] : alcalin > alcaliniser, crétin > crétiniser, masculin > masculiniser.
[] > [] : ion > ioniser, Platon > platoniser.
Rem. Dans l'orth. cette dénasalisation n'est gén. pas notée; on relève parfois cependant un redoublement de la consonne nasale : tyranniser.
B. — Suff. concurrents
1. -er/-iser
a) Valeur distinctive : cabaler/cabaliser, vitroler/vitrioliser.
b) Valeur synon. : chloroformer/chloroformiser, tabouer/tabouiser.
2. -ifier/-iser
a) Valeur distinctive : électrifier/électriser, éthérifier/éthériser.
b) Valeur synon. : corporifier/corporiser, idiotifier/idiotiser.
C. — Bon nombre de verbes en -iser sont des empr.
1. À l'angl. : pénaliser, pressuriser, standardiser, visualiser, vulcaniser.
2. Au gr. : christianiser, helléniser, météoriser.
3. Au lat. : autoriser, canoniser, cautériser, évangéliser, introniser, latiniser, préconiser, pulvériser, solenniser.
Vitalité et productivité. Le suff. bien représenté tout au long de l'hist. de la lang. : tyranniser (1370, Pt ROB.), paganiser (1445, ibid.), humaniser (1554), mécaniser (1580,Pt ROB.), ironiser (1644-45), économiser (1718), électriser (1731), imperméabiliser (1858), laïciser (1885), est partic. productif au XXe s. où il entre dans la formation de nombreux verbes de la terminol. sc. ou du vocab. didact.; ainsi : ioniser (1895), conceptualiser (1920), focaliser (1929), axiomatiser (1949), robotiser (1965, Pt ROB.), municipaliser (1966, ibid.), polymériser (XXe s., ibid.). Sa vitalité dans la lang. littér. est attestée au XXe s. par des créations récentes, p. ex. a) Euphoriser; b) Lundiser, verbe intrans., hapax. D'édition en édition (...) Sainte-Beuve lundisera de plus en plus (THIBAUDET, Hist. litt. fr., 1936, p. 288); c) Tantaliser, verbe trans., hapax. À chaque instant elle [la vie italienne] vient me tantaliser (LARBAUD, Barnabooth, 1913, p. 137).
Prononc. : [-ize]. Bbg. DARM. 1877, pp. 217-218. - DUB. Dér. 1962, p. 33, 34, 57, 79, 110. - GALL. 1955, p. 358. - GILBERT (P.). Le Fr. de demain. Fr. Monde. 1973, n° 96, pp. 59-61; n° 98, pp. 52-53. - LAUGESEN (A.T.). Mots dér. de n. d'aut. R. rom. 1974, t. 9, p. 263.

-iser
Suffixe savant (du bas lat. -izare, correspondant au grec -izein) entrant dans la formation de verbes dérivés de substantifs ou de noms de peuples, avec la valeur transitive et généralement factitive (ex. : brutaliser, égaliser, etc.).
1 La langue savante a en outre emprunté au latin, qui le tenait lui-même du grec, un suffixe -iser, lequel, devenu courant aujourd'hui, a formé sur des noms ou des adjectifs de nombreux verbes : brutaliser, idéaliser, utiliser, vulgariser, dramatiser, égaliser, macadamiser, monopoliser, mécaniser, révolvériser.
F. Brunot, la Pensée et la Langue, p. 212.
Cet élément est productif dans le discours, ajouté à une base substantive, et avec la valeur de : « donner le caractère de… »
2 Bergson expliquerait que la chute pantinise ces capitaines, ces ministres, ces diplomates. Les successeurs de Bergson que la chute les dépantinise et les montre tels qu'ils sont. Mais le ridicule de ces chutes ne provoque pas le rire.
Cocteau, Journal d'un inconnu, p. 73.
3 Peut-être a-t-il (M. Guy Mollet) lu sans frémir ce que nous rapporte un correspondant de l'Associated Press en Égypte : « Toutes nos firmes sont sous séquestre, toutes les actions des compagnies passent aux Égyptiens. Plus de films ni de livres franco-britanniques. » Mais voici le pire : « Cent cinquante écoles et instituts vont être égyptianisés. »
F. Mauriac, Bloc-notes 1952-1957, p. 287.
4 Ce soir, ça va, conclut Laurence après avoir examiné le buffet dressé au fond du salon que Marthe a « noëllisé » avec des bougies, un petit sapin, du gui, du houx, des cheveux d'ange, des boules brillantes.
S. de Beauvoir, les Belles Images, p. 199.
Sur un nom de personne. || « Antigone : subtilement “brechtisée…” » (l'Express, 1er janv. 1973, p. 4).
REM. Outre la valeur transitive et factitive, des verbes en -iser formés sur des noms de peuples ou de langue possèdent la valeur intransitive de : « se conformer aux habitudes de…, étudier la langue, la civilisation de… ». Cette valeur correspond à celle du suffixe -isant.

Encyclopédie Universelle. 2012.